HOMELIE du dimanche 21 juillet 2019 – 16ème Ord. / C
(Gn 18, 1-10a ; Col 1, 24-28 ; Lc 10, 38-42)

La première lecture et l’Evangile nous parlent d’accueil et d’hospitalité. Deux textes qui nous disent que lorsque nous accueillons l’autre, nous accueillons toujours plus que celui que nous croyons accueillir, et qu’il y a quelque chose de divin dans l’accueil de l’autre.

L’attitude d’Abraham va nous préparer à relire l’Evangile : il est assis à l’heure la plus chaude, et pourtant dès qu’il aperçoit les voyageurs, aussitôt il s’active pour mettre en action ses serviteurs, il se hâte d’aller trouver Sara, il court au troupeau, puis, après cette agitation nécessitée par les exigences de l’accueil, il se tient debout, immobile, disponible, et à l’écoute. Et alors, il pourra entendre et accueillir la folle promesse qui lui est faite.

Mais on peut remarquer aussi, si on lit attentivement le texte, qu’on ne sait plus s’il y a trois personnages, ou un seul : « Si j’ai pu trouver grâce à tes yeux… » dit ensuite Abraham, et à la fin : « Le voyageur reprit… ». Alors, traditions mêlées comme souvent dans l’Ancien Testament, procédé littéraire, invitation à entrer dans le mystère de la rencontre ? Oui, en accueillant l’autre, nous accueillons toujours plus que celui que nous croyons accueillir.

De même, en accueillant Jésus, Marthe et Marie ne savent pas qu’elles accueillent le Fils de Dieu lui-même. Elles ont conscience d’accueillir un grand prophète, ou, au mieux, le Messie tant espéré par Israël, mais pas le Fils de Dieu, Dieu lui-même !

Ces textes nous invitent à croire qu’il en est de même pour nous : quand nous accueillons l’autre, c’est toujours un peu Dieu que nous accueillons, car l’autre est signe du Tout-Autre qui nous appelle à le rencontrer.

Si la tradition biblique et la tradition coranique ont si fortement souligné l’importance de l’hospitalité, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont nées dans des traditions nomades, qui ont un sens aigu de l’hospitalité : on peut penser que, inspirées par Dieu, elles pressentent là quelque chose d’important, de divin.

Jésus lui-même a souligné cela : accueillir l’étranger, celui qui passe, accueillir les enfants, accueillir celui qui traverse l’épreuve, et même celui qui est défiguré par le péché du monde, c’est l’accueillir lui-même. Vous vous rappelez : « Quand t’avons-nous accueilli ? Chaque fois que vous l’avez fait au plus petit de vos frères ».

Oui, tout l’enseignement de la Loi et des prophètes, et l’enseignement de Jésus ont conduit les croyants à reconnaître que Dieu, qui parle au cœur de l’homme, vient aussi à nous par nos frères, et que plus « l’autre » est vraiment « autre », plus cet accueil nous prépare à la reconnaissance et à la rencontre du Tout-Autre, le Dieu vivant !

Oui, il y a quelque chose de divin dans l’accueil de l’autre. C’est pourquoi on parle parfois du « sacrement du frère ».
Revenons à l’Evangile du jour.

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Les femmes savent le temps qu’il faut pour préparer un repas, et la difficulté d’être, en même temps, à la cuisine, et à la table des invités.

L’attitude de Marthe est traditionnelle, conventionnelle : la femme est au service ! Et Marthe voudrait bien que sa sœur n’agisse pas autrement, car, dans le contexte social de l’époque, la parole écoutée auprès d’un maître, c’est le propre de l’homme. La femme, au service, l’homme, aux pieds du rabbi, du maître, ou assis avec ses hôtes. C’est cela la vraie tradition. Or, Marie pose un acte qui provoque, qui rompt avec ce qui se fait, ce qui doit se faire, et Jésus, par sa réponse, reconnaît à la femme cet espace de liberté, ce droit à écouter comme un disciple, car Marie est dans l’attitude du disciple, assise aux pieds du Seigneur, buvant ses paroles.

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Celui qui connaît un peu l’Evangile sait qu’il n’y a pas à soupçonner Jésus sur l’agir : le mot « faire » revient souvent dans l’Evangile, et celui qui écoute la parole sans la mettre en pratique ressemble à un fou qui bâtit sa maison sur du sable, dit Jésus.

Mais, dit aussi cette parabole, il faut écouter avant d’agir, si l’on veut agir selon Dieu. De plus, l’écoute, non seulement va orienter le faire, mais va lentement façonner l’être intérieur.

Pas possible de devenir vraiment disciple du Christ sans cette écoute habituelle, sans cette longue écoute aimante. On ne s’improvise pas disciple d’un Maître : on se tient longuement à ses pieds ; on se laisse habiter par sa parole, et cela dans toutes les traditions religieuses ou de sagesse. A chacun de trouver son rythme, et de s’y tenir.

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C’est à cette attitude que la Bible nous invite. Une petite phrase résume tout, celle d’Elie au petit Samuel : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ». C’est l’une de ces formules bibliques ciselées par toute l’expérience spirituelle d’Israël. Oui, dire à Dieu : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute », puis ouvrir la Bible, et laisser l’Esprit Saint faire son travail de lumière en nous.

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Demandons la grâce de savoir en prendre le temps, d’en cultiver le désir, surtout en cette période d’été. Autour de nous, beaucoup ont d’autres désirs, d’autres priorités : comme Marie, osons faire autrement, osons répondre à l’appel de notre cœur, et prions pour les moines et les moniales qui ont à vivre pleinement, et radicalement cette vocation.